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CRISE À LA CAISSE DE DÉPÔT
La faute aux libéraux de Charest ou aux péquistes de Landry ? C’est la question que tout le monde se pose et c’est aussi la question parfaite qui fera en sorte que ce genre de chose, un organisme financier sans surveillance de l’État qui dérape, se reproduise ad vitam æternam.
Et pourquoi ça ? Parce qu’en posant une question toute simple les gens s’attendent à recevoir une réponse toute simple qui désignera rapidement un coupable qu’on se dépêchera d’éliminer du décor pour pouvoir enfin se dire : voilà, c’est réglé, il n’y a plus de problème !
J’ai ici une ou deux petites nouvelles pour vous. Des questions simples dans le cas d’une aussi grave crise économique n’existent pas plus que des réponses simples. Et avant de vous en prendre à une grosse machine qui vous aurait conduit, pauvre mouton hagard et pur, devant un abîme financier, vous devriez commencer par vous poser quelques questions dans le but d’établir votre part de responsabilité.
Question un
Avant même de pouvoir accuser qui que ce soit, vous allez devoir vous regarder dans le miroir et vous demander : ai-je moi aussi, personnellement, spéculé sur le marché de l’immobilier comme la Caisse de dépôt l’a fait ?
Comme vous êtes une bonne personne, vous allez tout de suite répondre quelque chose du genre « Oh mon Dieu ! Non, pas moi ! »
Et pourtant, si vous avez acheté une résidence dans les dernières années et que vous avez profité de la hausse « hypothétique » de sa valeur pour la refinancer et dégager de l’argent pour faire d’autres projets tels que des rénovations ou encore l’achat de véhicules ou d’actions en bourse, vous viendrez de vous mentir à vous-même.
Parce que ce que vous avez fait est exactement ce que la Caisse de dépôt a fait en achetant des PCAA, c’est-à-dire des dérivés de créances immobilières pour gonfler sa valeur et pouvoir réinvestir plus dans tout plein d’autres domaines d’affaires.
Mais voilà, comme toute personne qui se targuait d’avoir fait une affaire en or en voyant la valeur de sa maison tripler en quelques années, la Caisse a aussi cru que son actif avait grimpé de 35 à 40% grâce à ses achats massifs de providentiels papiers commerciaux adossés à des créances immobilières.
Malheureusement pour vous et la Caisse, le marché immobilier s’est effondré partout dans le monde emportant avec lui des milliers de milliards de dollars !
Question deux
Vous êtes-vous une seule fois aux cours des dernières années demandé si votre maison valait vraiment trois fois plus que ce que vous l’aviez payée ?
Ne dites rien, je sais, vous étiez tellement content d’être devenu riche que vous ne vouliez tout simplement pas connaître d’autre réponse que celle qui vous satisfaisait, c'est-à-dire « bien sûr que oui ». Avouez que pas une fois vous ne vous êtes demandé s’il s’agissait d’une bulle spéculative. Malheureusement, vous auriez dû parce que c’est ici que vous avez fait votre pire erreur financière à vie !
Si vous trouvez que la Caisse de dépôt est un nid d’incompétents ou de voleurs ou de politiciens véreux, vous allez dire quoi de vous-même lorsque vous devrez accepter le fait que votre résidence a perdu 30 ou 40% de sa valeur, comme le réalisent aujourd’hui des millions de Britanniques, de Français, d’Espagnols, d’Américains et de Canadiens anglais ?
Question 3
Qui a crée cette bulle ? La bulle immobilière mondiale a été alimentée par la cupidité non pas seulement de quelques personnes dans des petits bureaux de direction d’entreprises de haute finance, mais bien par des centaines de millions de gens, vous et moi qui, encouragés par les facilités du crédit ont acheté beaucoup trop et payé beaucoup trop cher pour des biens et services.
Nous sommes donc tous et toutes responsables de la crise actuelle. Ne pointez ni Charest ni Landry ni Marois ou le cancre à la tête de la Caisse de dépôt ; la bulle a été gonflée par la bêtise et la cupidité des humains, et elle a tout simplement mathématiquement explosé.
Mauvaise nouvelle, la crise va bientôt sortir de la télé…
…et elle va entrer directement chez vous. Parce qu’après les banques et les États, ce sera à votre tour, personnellement, de réaliser à quel point toute cette aventure du capitalisme sans régulation mise en place par nos élus avec notre consentement a été coûteuse.
Bientôt, devant votre petite famille, assise autour de votre table de cuisine pas finie de payer, vous allez vous apercevoir que votre maison, actif sur lequel repose tout le reste de votre crédit, perd rapidement elle aussi de sa valeur.
Et alors vous devrez vous résoudre, suite à la recommandation de votre sympathique banquier, à rayer 25, 30 voir même 40 % d’actifs de vos finances personnelles. Ceci fera en sorte que votre pouvoir d’achat sera anéanti.
En résumé Ce qui est arrivé à la Caisse de dépôt avec nos avoirs collectifs va bientôt arriver chez vous dans vos finances personnelles. Alors ménagez les commentaires trop virulents, il se pourrait bien qu’on vous les resserve bientôt !
Sasseville, l’économiste
P.S. La prochaine étape ? Après les crises bancaires, financières et économiques, la crise politique ! Le protectionnisme guette ! Est-ce que les grandes institutions, Alena, Union européenne et cie, vont tenir le coup ?
Bonne semaine… ;-)
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